Combat Nº 7420 Vendredi 24 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

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LA JOURNÉE-CLÉ

  • De l’ampleur de la manifestation de ce soir dépend l’évolution de la situation
  • A 20 heures à la T.V. de Gaulle va menacer, apaiser et promettre
  • Dans toute la France les paysans manifestent leur inquiétude devant les échéances européennes

Extrait de l’éditorial

A l’heure où sont écrites ces lignes, on ne connaît pas encore le bilan des violentes manifestations qui ont éclaté hier soir au Quartier Latin. Si elles ont atteint ensuite l’ampleur que l’on sait, et si de nombreux étudiants s’y sont joints, ce n’est pas pour répondre à un mot d’ordre. Les dirigeants étudiants et enseignants qui ne portent aucune initiative de cette nouvelle émeute, désiraient garder toutes leurs forces pour la manifestation de ce soir, dont la signification est précise. Les incidents survenus la nuit dernière risquent de compromettre la grande démonstration à laquelle se préparent l’UNEF, le SNE-Sup et les comités d’action. Ceux qui en redoutaient l’ampleur, c’est-à-dire le gouvernement et la CGT, auront de bonnes raisons de se féliciter d’un contretemps aussi opportun. (…)
Nous disions hier que l’évolution de la situation dépendait désormais de la rue. La CGT n’accepte pas, pas plus que le gouvernement, que tout dépende de la rue. Alors, cet après-midi, elle va chercher à dominer la rue pour étouffer les forces qui la gênent, et qui sont l’expression de la contestation la plus authentique et la plus généreuse. (…)
Peut-être en viendront-ils à bout dans l’immédiat, tant est puissante la conspiration de l’ordre établi. Mais la poussée de cette révolte est désormais irrésistible, et elle mènera à de nouveau et plus dramatiques affrontements qui chaque fois éroderont un peu plus la société en place.
Le mouvement est désormais engagé. Le discours du général de Gaulle, ce soir, ne le freinera pas. Les mots qu’il emploiera ne sonneront pas aux oreilles de la jeunesse. De toutes façons, il ne comprend pas ce qu’elle veut. Il ne l’a jamais compris. Et la réponse qu’il lui donne depuis quelques jours ne fait que la séparer un peu plus de la société qu’elle conteste.
Philippe TESSON


Étudiants et jeunes travailleurs se rassemblent à 18 h 30

à Stalingrad, à la Porte des Lilas, à la Porte de Montreuil, à la Place Clichy d’où ils convergeront vers la gare de Lyon

La CGT appelle de son côté la population à manifester sa solidarité avec les grévistes : à Paris cet après-midi défilé de la place Balard à Austerlitz et de la Bastille au boulevard Hausmann


Émeute spontanée et violente hier au Quartier Latin

Les dirigeants étudiants et enseignants n’ont pris aucune part à son initiative

  • La CFDT se dit solidaire des étudiants et prête à coordonner son action avec l’UNEF.
  • M. André Barjonet, l’un des dirigeants de la CGT, démissionne.
  • Cohn)Bendit annonce son intention de forcer la frontière cet après-midi à Strasbourg.

(Extrait) A DE GAULLE par Maurice Clavel

« Le mouvement de notre jeunesse, et particulièrement de ceux qu’on appelle les enragés ou trublions, est spirituellement magnifique. Il rend l’espoir à notre pays et à d’autres. Pour ma part, j’y retrouve à peu près ce qu’avait rêvé la jeune résistance française – communiste comprise, en dehors de l’appareil stalinien. Et voici qu’aujourd’hui mes élèves de philosophie, les meilleurs, les plus pensifs, ont lutté sur les barricades. Voici que le désordre a quelque chose de constructif et de prometteur. Voilà pourquoi le mot chienlit, s’il est vrai que le général de Gaulle l’a prononcé, est un crime contre lui-même.
Un crime et une sottise. Si le général de Gaulle fait tout pour briser l’hégémonie américaine, comment peut-il refuser que la jeunesse française se révolte de toute sa générosité contre la société américaine, source, substance et but de cette hégémonie ? Comment a-t-il pu, lui, que l’on pouvait croire d’essence spirituelle, nous imposer ce monde et ce genre de vie matérialiste, aliénant, désespérant ? Il y a là une sorte de péché contre l’esprit, que le sursaut de notre jeunesse rachète, aux yeux de notre histoire future. » (…)


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 22 mai 2018

Combat Nº 7418 Mercredi 22 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Des députés plus croupions que jamais

Ils accorderont aujourd’hui leur confiance au gouvernement Pompidou

  • Les rapports FGDS-PC semblent soudainement marquer le pas

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Le coup du référendum

  • DE GAULLE POURRAIT ANNONCER VENDREDI UN RÉFÉRENDUM POUR LE MOIS DE JUIN QUI PORTERAIT SUR LA PARTICIPATION DES TRAVAILLEURS À LA GESTION DES ENTREPRISES ET DES ÉTUDIANTS À LA GESTION DE L’UNIVERSITÉ
  • CE RÉFÉRENDUM SERAIT PRÉCÉDÉ D’UN REMANIEMENT MINISTÉRIEL QUI VISERAIT NOTAMMENT MM. JOXE, PEYREFITTE, GORSE, MISOFFE ET JEANNENEY
  • M. RENÉ CAPITANT REMET SA DÉMISSION DE DÉPUTÉ

8 millions de grévistes

  • Le mouvement a gagné l’industrie lourde
  • Les grands magasins touchés
  • Pas de taxis aujourd’hui
  • Difficultés à court terme pour les banques
  • Premiers contacts restreints syndicats-patronat, mais l’heure n’est pas à la négociation

Extrait de l’éditorial de Combat

 » Le général de Gaulle a gagné la première manche de sa bataille : la manche parlementaire. Il faut dire que c’était la plus facile. (…) Aurait-on cru, à entendre parler les députés, que la France traverse la crise la plus grave qu’elle ait connue depuis la Libération ? Aurait-on cru, à écouter les orateurs de la gauche, que la masse des jeunes Français est prête à la révolte et que des millions de travailleurs mettent en accusation le pouvoir ? Le pouvoir est à prendre, et même à ramasser… »

Philippe Tesson


Extrait de l’article LA CHIENLIT ET LE GENERAL

« Vous avez certainement deviné, mon Général, que tous les étudiants, depuis les plus enragés jusqu’aux plus benoîts, ont un dénominateur commun : ils cherchent quelque chose que nous ne savons pas leur donner. Ils cherchent des valeurs contemporaines qu’il soit impossible de peser sur le trébuchet de l’usure ou de faire figurer dans les calculs de l’économiste. Tel est le sens de leur rejet de la « société de consommation ». (…)
La jeunesse, dont les étudiants sont les hérauts, est à la recherche, derrière son masque de chienlit, d’un air respirable. Elle veut ouvrir les fenêtres obturées par notre enseignement. (…)
La jeunesse de France est à la recherche d’une noblesse. J’ose dire qu’elle est à la recherche d’une nouvelle aristocratie. Je suis certain, mon Général, que vous l’avez comprise. Elle vous donnera la noblesse que vous n’avez pas su luir donner, quelque grande que soit votre noblesse personnelle. »

Jean Savard


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 20 mai 2018

Philippe Tesson 

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne