Au bord du Belon (1963)

C’était un jour de grande marée au mois de septembre, le sentier, toujours le même, conduisait à la cale en tournant à travers les pins. C’était ici qu’elle avait l’habitude de venir avec son frère. Elle se rappelait encore ces jours-là.

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Belon en face de Riec

Ils marchaient pieds nus comme elle venait de le faire sur la route caillouteuse. Ils arrivaient à la maison des viviers surplombant la rivière, puis sur la droite ils tournaient dans le petit chemin entre les grands cyprès. Enfin ils étaient sur la cale. Ils retrouvaient Jacques et Françoise, des gosses de leur âge, qui les attendaient en plate et ils s’en allaient à la rame ou la godille sur la rivière.

Aujourd’hui, elle était seule. Pour la première fois, depuis plusieurs années, elle revenait. Elle voulait revoir avant de repartir la plage d’enfance. La plage ! oui, elle l’avait revue, grise, sale, avec trop de monde. Avant, il n’y avait personne, tout était sauvage. Mais maintenant !

Elle avait pourtant voulu tout revoir. Reparcourir les sentiers au-dessus de la rivière.

Partout des fils de fer barbelés ! Partout des pancartes « propriété privée » !

Les rochers n’avaient pas changé. Non, la main de l’homme n’avait pas encore été jusque là ! Lorsqu’elle était arrivée à la Pointe, il n’y avait personne, par bonheur, aucun touriste. Elle s’était assise un moment sur un bloc de granit entre les bruyères, face au large. Le soleil s’éclaboussait en nappes étincelantes dans l’eau, en bas. La Mer s’engouffrait dans les grottes et faisait résonner son souffle.

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La Pointe

Puis, elle était repartie, lasse, très lasse, sur la route caillouteuse. La rivière n’était plus accessible par le sentier au-dessus de la rivière. Il fallait prendre la route des viviers, puis le petit chemin à travers les grands cyprès.

Elle passa derrière la maison, quelques marches encore, elle était sur la cale. Avant, c’est là qu’elle venait avec son frère, c’est là qu’ils rencontraient Jacques et Françoise.

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Cale de Beg Porz par très grande marée

Aujourd’hui, rien de tout cela.

Le soleil l’éblouissait, lui faisait mal aux yeux. Elle avait envie de pleurer. Elle mit sa main au-dessus des yeux.

Sur la rivière, un petit bateau rouge.

À bord, deux personnes.

Non, ce ne pouvait être vrai !

Tout vacillait. Tout bourdonnait !

Elle ouvrit les yeux en grand.

La rivière n’avait pas changé.

Toujours ce calme étrange, un peu étouffant par moment. Un vent très léger soufflait dans les pins. Elle croyait entendre encore le clapot de l’eau contre la carène du bateau. C’était bien les mêmes pins, la même cale, les mêmes rochers, le même vent dans les pins.

Et là-bas, au milieu de la rivière, elle les reconnaissait maintenant, Jacques et Françoise dans leur bateau rouge.

C’était bien eux, les compagnons de son enfance. Ils avaient grandi. Évidemment. Cela faisait si longtemps qu’elle ne les avait vus !

Elle entendait le bruit confus de leurs voix portées par la Mer et le vent.

Ils pêchaient.

Elle voulut les appeler.

Mais elle pensa à la plage grise et sale, à la rivière inaccessible, aux fils de fer barbelés et aux pancartes. Son cri s’étrangla dans la gorge.

La nausée, qu’elle avait déjà vaguement sentie tout à l’heure, revenait. Plus la peine maintenant. Eux aussi avaient dû changer.

Ce monde n’était plus pour elle. Elle n’était plus de ce monde.

Elle regarda sa montre. Il était temps, temps de repartir, temps de rentrer.

Elle aurait pu les appeler.

Mais elle préféra partir.

Aucun goéland n’était sur la côte. Les oiseaux s’étaient envolés, la laissant seule à terre, pauvre mouette prisonnière des hommes, du temps, de la vie.

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Mouette au-dessus du Belon

Il fallait partir.

Arrivée sur la route surplombant les rochers, elle se retourna une dernière fois.

Là-bas, sur la rivière, le petit bateau rouge s’en allait. Elle le voyait à travers les troncs des pins s’éloigner. Plus de godille silencieuse, ils avaient mis le moteur !

Et l’eau clapotait toujours…

Gaelle Kermen
(Paris internat lycée des Maraîchers), 19 janvier 1963)


Extrait du Journal 60 (1960-1969), publié en 2011, reformaté sur Scrivener et republié en 2018

Crédit photos de l’auteur en 2017 (Beg Porz, Belon)

Des pavés à la plage Mai 68-2018 gaelle kermen-liens-archives-bibliographie-contacts

Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Mai68Vignette

Dans mon livre sur Mai 68, publié le 27 mai 2018, je recense les liens à mes archives depuis 1997, ainsi que ma bibliographie depuis 2010.


Gaelle Kermen site archives

Le Fonds Kerantorec, site d’archives de 1997 à 2008 http://mhledoze.free.fr/site_A_V.html

cette soif jamais ressentie http://mhledoze.free.fr/ecrits/mai68/soif.html.

la chienlit c’est lui http://mhledoze.free.fr/ecrits/mai68/poesie.html.

les fresques de nanterre http://mhledoze.free.fr/ecrits/mai68/fresques.html.

telerama : article gerard pangon  http://mhledoze.free.fr/ecrits/mai68/telerama.html.

Un Souvenir de Roberto Matta en Mai  68 Paris  http://mhledoze.free.fr/requiem/celebrites/Matta.html.

la photo du Che par Alberto Korba en 67 http://mhledoze.free.fr/ecrits/mai68/che.html.

VAGABONDAGES DE MAI http://mhledoze.free.fr/ecrits/mai68/AYMai68.html.

archives d’aquamarine 67 | Flickr ». https://www.flickr.com/photos/gaelle_kermen/albums/72157623669287602.

Des Tibétains en grève de la faim en 88 http://mhledoze.free.fr/melanie/index.html

Souvenirs de mes disparus http://mhledoze.free.fr/requiem/index.html

Yves Samson http://mhledoze.free.fr/atelierdYS/


Gaelle Kermen bibliographie


Guides Pratiques

Scrivener plus simple pour Mac. ACD Carpe Diem. Guide Pratique Kermen  1. Kerantorec, 2016.

Scrivener plus simple pour Windows. ACD Carpe Diem. Guide Pratique Kermen  2. Kerantorec, 2016.

Scrivener plus simple pour iPad et iPhone, ACD Carpe Diem. Guide Pratique Kermen  3. Kerantorec, 2016.

Smashwords plus simple pour les francophones, ACD Carpe Diem. Guide Pratique Kermen  4. Kerantorec, 2017.

Scrivener  3.0 Introduction aux Tutoriels anglais, ACD Carpe Diem. Guide Pratique  5. Kerantorec, 2018.

Scrivener  3 plus simple, guide francophone de la version 3.0 pour Mac, Guide Pratique  6. Kerantorec, 2018.


Cahiers des Années 1960-70

Kermen, Gaelle.
Aquamarine  67. 2e éd. Smashwords, Inc, 2010
#01 Au Loin un Phare. 2e éd. Smashwords, Inc, 2010.
#02 Le Vent d’Avezan. 1re éd. Smashwords, 2010.
#03 Le Soleil dans l’Oeil. 1re éd. ACD Carpe Diem, 2011.
#04 Les Maquisards du Bois de Vincennes. 1re éd. ACD Carpe Diem, 2011.


Autres publications

Kermen, Gaelle.
Aquamarine Revisited, Édition du Cinquantenaire. ACD Carpe Diem. Archives. Kerantorec, 2017.

Kermen, Gaelle, Morpain, Jakez.
Le Festival de Wight vu par 2 Frenchies. ACD Carpe Diem. Archives. Kerantorec, 2017.

Kermen, Gaelle.
Des Pavés à la plage, Mai  68 vu par une jeune fille de la Sorbonne, ACD Carpe Diem. Archives. Kerantorec, 2018.


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Gaelle Kermen, Kerantorec, le 8 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

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Bientôt en deux versions papier broché : format normal et format grandes lettres


Souvenir de Jakez Morpain (1947-2018) qui nous a quittés le 31 mai 2018. Cousin compagnon photographe de mes chemins en 67, 68, 70, 97. Trugarez, Jakez !

Combat Nº 7441 Mardi 18 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_18_juinRENAULT FERA TACHE D’HUILE

Chez Citroën et Peugeot les syndicats réclament la reprise des négociations sur la base des accords ratifiés par les ouvriers de la Régie Nationale


Le droit syndical est reconnu chez Renault

Les problèmes d’emploi seront traités par une commission paritaire direction-syndicats

LES DÉLÉGUÉS POURRONT CONSACRER À LEUR ACTIVITÉ 100 HEURES PAR MOIS PAYÉES PAR L’ENTREPRISE

L’AFFICHAGE, LE COLLECTAGE ET LA DIFFUSION DE LA PRESSE SYNDICALE SE FERONT LIBREMENT


Extrait de l’éditorial : la fin

« Le pouvoir peut occuper la Sorbonne. Il est trop tard : le grain qui y avait été semé en Mai commence déjà à lever. »
COMBAT


« L’INFORMATION EST SERVE »

Le rapport de la Commission sénatoriale d’enquête sur l’ORTF dénonce la soumission de l’Office au gouvernement (page 16).


OPÉRATIONS LÉGISLATIVES

Aujourd’hui une interview de Michel Rocard, secrétaire général du PSU


18 JUIN

par Maurice CLAVEL

Cette année c’est net. Hors quelques héros vénérables et indignés, le 18 juin sera fêté par tous ceux qui l’auraient vomi en 40 ; (…) qui ont, qui auraient tremblé de toutes leurs tripes liquides que la patrie se libère…
Voici le 18 juin des âmes vichyssoises et versaillaises. Voici le 18 juin des Daumier qui sortent de leur cadre et grouillent, et se vengent avec cautèle de leur trouille. Voici le 18 juin de nos enfants humiliés.
O comme la coupole de la Sorbonne aujourd’hui est lourde !
(…)


LE RETOUR DES BATONS

par Jacques-Arnaud PENENT

Ils ont encore volé la Sorbonne !
Pour avoir vécu, seul journaliste parisien, mais surtout seul militant journaliste, les péripéties de ce vol, je déclare bien haut que le « Comité d’occupation » n’a fait qu’opposer la force redoutable de la bonne foi aux manœuvres policières. Car, devant les CRS, on avait mis Maigret. Et toute la P.J. Mais depuis l’affaire Ben Barka, nous savons que les secrets d’Etat, que les vérités gênantes brûlent aussi dans la pipe de ces Maigret pour s’évanouir en fumée. Et, les poings serrés, les vu les rats en gabardine ronge tous nos drapeaux. Ah ! les bien-pensants peuvent pavoiser ! La Sorbonne entre en servitude. Ah ! les folliculaires aux ordres peuvent applaudir ! La Sorbonne a retrouvé son calme et les murs leur mémoire du vide. On nettoie la Sorbonne ? Voire. La jeunesse ouvrière, ces dizaines de jeunes chômeurs prêts, hier, à toutes les résistances, cette jeunesse n’a pas sali la Sorbonne. Au contraire, elle y était chez elle. C’est cela la démocratisation de l’enseignement. C’est cela la révolution universitaire. Tout le reste, tous les colloques, toutes les réformes entre initiés n’intéressent que les gens d’un même monde, l’ancien. Furieux d’avoir raté « l’opération des Katangais », furieux de subir une Faculté libérée et ordonnée par ses occupants, le Pouvoir a voulu montrer sa force aux électeurs, tandis qu’il prouvait, en fait, son hypocrisie et sa lâcheté. (…)
Allons ! finissons-en. Nous reprendrons la Sorbonne. Définitivement. Nous la rendrons à sa destination populaire. »


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 7 juin 2018

Jacques-Arnaud PENENT
Maurice Clavel

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

En exclusivité numérique sur Amazon tout l’été 2018

Combat Nº 7440 Lundi 17 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_17_juinL’IMPOSTURE

SOUS PRÉTEXTE D’UNE ENQUÊTE JUDICIAIRE LA POLICE INVESTIT ET FAIT ÉVACUER LA SORBONNE

Extrait de l’éditorial

Fort de ses victoires sociales, fier d’avoir noyauté les milieux étudiants et semé la discorde, le pouvoir se montre de plus en plus boulimique et glouton. Hier, les choses se sont pourtant gâtées : dans son impatience, la police prenant prétexte d’une sombre histoire de blessé accueilli à la Sorbonne, devait évacuer les étudiants « manu militari » et chasser les irréductibles en pénétrant de nouveau dans la cour de la Faculté des Lettres, comme ce fut le cas le 3 mai, avec l’assentiment du recteur Roche. Cette agression, à la différence de ce qui s’est passé à l’Odéon, montre bien que le pouvoir entend réprimer, et que la volonté de s’informer comme M. Ortoli, comme celle de négocier affichée par M. Pompidou est une imposture, un message éhonté. En effet, alors que les occupants de la Sorbonne avaient fait eux-mêmes leur ménage, en éliminant les « Katangais » et en déclenchant l’opération « propreté », il n’y avait aucune raison de s’attaquer aux commissions de travail, qui restaient justement en place pour préparer ce plan de réforme, en y associant les enseignants, et le personnel administratif de la Sorbonne. (…)
Il est évident que cette fois-ci encore, le pouvoir emportera la première manche. Mais, qu’il n’ait pas assimilé la leçon, qu’il cherche à reprendre par la force les facultés occupées, qu’il croit avoir tué la contestation dans l’œuf en reprenant possession de quelques vieilles bâtisses, voilà bien qui dénote l’incorrigible aveuglement de ce régime. La jeunesse ne capitulera pas, même si elle baisse la tête devant les fusils, même si la rue devient calme. La coupure du pays redevient une menace qui précipitera la décomposition du régime, à moins que le général de Gaulle n’y instaure une dictature fasciste.  (…)
COMBAT

HEURTS AU QUARTIER-LATIN ET A SAINT-GERMAIN

Après l’évacuation de la Sorbonne, les étudiants ont manifesté par petits groupes et ont été chargé par la police (en page 16 le reportage de Jacques-Arnaud PENENT)

VOTE CHEZ RENAULT CE MATIN

  • Peugeot : le vote est ajournée
  • Citroën : la CFDT se retire des négociations
  • La vente des quotidiens parisiens perturbée ce matin par la grève des vendeurs

LES GUEUX

par Maurice CLAVEL

Soyons précis. Soyons froids. Cette fois, c’est absolument injustifiable.
Le mois dernier l’affolement d’un recteur, le vertige d’un ministre devant la nouveauté de la contestation pouvait offrir un semblant d’excuse à cet attentat unique : l’entrée de la police en Sorbonne.
Il y a quelques jours encore le désordre du « bateau ivre » que décrivait un peur trop complaisamment un de nos confrères, pouvait offrir une apparence de motif à un « nettoyage ». Il s’agissait de glisser en fraude d’un sens à l’autre du mot « nettoyer ».
L’ennui pour eux, c’est que la Sorbonne, les étudiants l’avaient nettoyée eux-mêmes. Dès lors, il ne leur restait plus que le prétexte d’une très bizarre histoire, que je n’ai pas encore les moyens de résoudre et que je ne saurais trancher, me méfiant de ma formation : on sait en effet combien l’affaire Ben Barka-Figon m’a éduqué sur ce régime.
La cause est entendue. Ils récidivent et savent ce qu’ils font. Il n’y a pas de pardon. Le cri « de Gaulle assassin » n’est pas encore sorti de ma gorge, malgré le gaz et la honte qui s’y pressaient.
Mais aussi vrai que Georges Bernanos m’a investi, quand j’avais 20 ans, pour continuer sa tâche, j’écris, je crie, comme il l’eût fait, que ce sont des gueux.
Ceci au nom de la plus jeune et de la plus vieille France.


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 7 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

En exclusivité numérique sur Amazon tout l’été 2018

Combat Nº 7439 Samedi 15 Juin et Dimanche 16 juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_15-16_juinTrois promesses…

M. DEBRÉ : l’austérité

  • Le ministre des Affaires Étrangères laisse prévoir une nouvelle répartition des masses budgétaires au détriment des programmes militaires, de certains programmes civils et de l’aide aux pays sous-développés.
  • Il n’affirme pas que la France respectera l’échéance européenne du 1er juillet.

M. POMPIDOU : la fermeté

  • Le Premier Ministre mettra « hors d’état de nuire un certain nombre de gens qui vont essayer de troubler les élections ».
  • Il annonce que les incidences de la crise sociales sur le plan économique et financier seront lourdes.

M. ORTOLI : une nouvelle Université conçue selon trois directions

  • une refonte de la structure des Facultés
  • une nouvelle forme et un nouveau contenu des enseignements
  • une ouverture vers des débouchés professionnels

L’ODÉON FERMÉ APRÈS SON ÉVACUATION

  • Après l’expulsion des Katangais, la Sorbonne est livrée aux balayeurs.

LE PATRONAT RÉCLAME DES MESURES D’URGENCE

  • et notamment des facilités financières et fiscales et la liberté des prix

Métallurgie : négociations difficiles

Un croche-pied de Pompidou à Giscard

  • Il oppose un concurrent UDR à M. Poniatowski.

(p. 16) dernière page

(extrait) ODÉON : E finita la comedia par Jean-Claude KERBOURC’H

« Après que les étudiants ont expulsé les « Katangais » de la Sorbonne, la police fait évacuer l’Odéon

  • 2 h Tous les étudiants sont évacués de la Sorbonne par le Comité d’Occupation. Seuls demeurent les Katangais et le « service d’ordre.
  • 4 h Ultimes négociations entre le Comité d’occupation de la Sorbonne et les « Katangais ». Jacques Sauvageot, président intérimaire de l’U.N.E.F., participe aux négociations.
  • 4 h 30 Les « ‘Katangais » demandent un répit de douze heures et font savoir qu’ils accepteraient de sortir de la Sorbonne à 17 h 30 (vendredi 14 juin)
  • 5 h Dans la cour de la Sorbonne, le service d’ordre, auquel se sont jointes des équipes de différentes facultés, se rassemble, tandis que circulent des consignes d’assaut.
  • 5 h 30 Le service d’ordre des étudiants annonce un dernier ultimatum de dix minutes.
  • 5 h 40 Les bagarres commencent. Mêlée confuse, poursuites dans les couloirs, éclatement des explosifs et des cocktails Molotov qui apparaissent dans les mains des uns et des autres. Coups, hurlements, vitres qui volent en éclat, sang sur le sol.
  • 5 h 48 Plusieurs voitures de pompiers alertés par une estafette de la Sorbonne arrivent.
  • Peu après 6 heures, tandis que les pompiers éteignent des débuts d’incendies, les « Katangais » sortent un à un de la Sorbonne par une des poternes de la rue Saint-Jacques. Ils rejoignent l’Odéon où ils sont accueillis par des embrassades.
  • 9 h D’importantes forces de police cernent l’Odéon théâtre de France. M. Grimaud, préfet de police, dirige en personne l’opération.

Quand je sors du théâtre, il n’y a cependant aucune force de police. À la Sorbonne, on a retroussé ses manches pour balayer la cour, les couloirs et les amphis. On veut faire une faculté toute propre. »


Gaelle_68
Photo © Jakez Morpain 1968-2018

Gaelle Kermen, Kerantorec, le 5 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

En exclusivité numérique sur Amazon tout l’été 2018

 

Combat Nº 7438 Vendredi 14 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_14_juinDE GAULLE S’EXÉCUTE : IL REND SALAN

La libération prochaine du chef de l’OAS est le prix que doit le Président de la République à l’armée pour l’avoir maintenu au pouvoir

  • Le colonel Lacheroy mis en liberté provisoire à son retour d’Espagne

M. CHALANDON : IL FAUDRA 2 ANS POUR EFFACER LES EFFETS DE LA CRISE

  • Ouverture des négociations chez Citroën
  • Optimisme à Renault et Peugeot
  • La CGT accuse la CFDT d’avoir rompu l’unité d’action

BAC LE 27 JUIN A PARIS

  • Les étudiants nettoient la Sorbonne – concrètement en procédant à une opération propreté – politiquement en luttant contre la « congolisation »
  • Cohn-Bendit serait autorisé à rester en Grande-Bretagne

OPÉRATION LÉGISLATIVES : BOULOGNE-BILLANCOURT

« Le général de Gaulle continue de payer ses dettes. Le plus urgent a été de donner aux travailleurs ce qu’ils demandaient, moyennant quoi le P.C. et la CGT ont accordé un sursis au régime. Maintenant il faut régler le second créancier : l’armée, dont la fidélité sollicitée il y a quelques semaines a permis aux gaullistes de rester en place. (…)
Il y a assez longtemps que nous demandons l’amnistie pour nous réjouir que les événements l’aient imposée. Un groupuscule d’étudiants aura plus fait pour elle que n’importe quoi. C’est une des malices de l’histoire. Mais au fait, et les étudiants ? Pour eux, pas de cadeau, pas de rançon, pas de dette ! Ils apprendront ainsi que la révolution ne profite jamais qu’aux grandes personnes qui ont de l’expérience et l’habitude des affaires. Certains en tireront la conclusion que tous les élans spontanées sont inutiles, d’autres se convaincront qu’une révolution ne doit pas s’arrêter en chemin. (…)
Il n’y a plus rien désormais, politiquement, à la droite du gaullisme. (…) On est très loin de la société nouvelle. Mais on ne sait jamais : le jour où cela lui sera nécessaire, le général de Gaulle s’entendra avec quelque groupuscule trotskyste ou maoiste et il abandonnera un autre de ses principes et il oubliera une autre de ses paroles… »
COMBAT

Dernière page

LES ÉTUDIANTS NETTOIENT LA SORBONNE

Communiqué du Comité d’Occupation de la Sorbonne

« Après la campagne de presse déclenchée contre la Sorbonne et qui vise à discréditer notre mouvement, le comité d’occupation communique :

  1. Un certain nombre de groupes irresponsables qui ne sont ni étudiants ni travailleurs, profitent de la situation de la situation créée ces derniers jours, pour imposer un contrôle quasi policier de la Sorbonne.
  2. La situation sanitaire de la Sorbonne est mauvaise. Elle exige des mesures d’urgence qui ne peuvent être prises que lorsqu’un certain nombre de locaux et d’escaliers seront évacués.
  3. En conséquence le comité d’occupation a décidé, en accord avec les diverses organisation d’étudiants et d’enseignants, de fermer progressivement l’ensemble de la Sorbonne à l’exception de la cour, des cinq amphithéâtres donnant sur la bibliothèque et de l’escalier C.
  4. Cette fermeture durera 48 heures, de façon à nettoyer et désinfecter l’ensemble de ces locaux. Le comité d’occupation a, depuis plusieurs jours cherché, cherche à faire accepter cette mesure aux groupes irréductibles. Devant leur refus, il lance un appel à tous les militants pour l’aider à garder la Sorbonne au service de la lutte.
  5. Nous ne pouvons autoriser plus longtemps que soit donné au pouvoir le prétexte d’intervenir avec ses CRS.
  6. Le comité d’occupation convoque tous ceux qui veulent participer à cette réorganisation à se rendre à 17 h 30, à l’amphi Descartes.

A l’amphi Descartes, après un « filtrage » sérieux, une centaine de militants seulement ont été admis. Dans la cour, par contre, plus de 3 000 personnes attendaient les « consignes ». Le comité d’occupation a fait voter par les militants des comités d’action la fermeture totale pour 48 heures de la Sorbonne à l’exception e la cour, du grand amphi, de l’amphi Descartes et de l’escalier C où sont groupées les commissions.

Le comité d’occupation, exprimant la volonté des militants étudiants, vise en fait l’expulsion des Katangais et de certains autres groupes incontrôlés. Les étudiants sont bien décidés à éviter les incidents graves. Ils savent aussi que le sort de leur Mouvement est au prix de ce « nettoyage ». Réfugiés dans les locaux du rectorat, les Katangais ne semblent pas décidés à négocier. Il reste qu’en dehors de la Sorbonne, certains n’attendent que de providentiels incidents. A la Sorbonne pourtant, la décision est prise, et si nécessaire, les comités d’Action seront mobilisés

BALAYER LA SORBONNE

Depuis quelques jours, la Sorbonne était livrée aux insectes. Certains confrères se sont soudain intéressés « au camp retranché ». (…) Le Comité d’Occupation, approuvé et soutenu par les militants, a décidé de rendre la « Sorbonne aux étudiants ».
Cela vise, bien sûr, les fameux Katangais. Surgis du néant, vite baptisés sur les « barricades », ce groupe s’est installé le 16 mai à la Sorbonne. D’autres groupes l’ont bientôt suivi. Sous la direction de « Jacky », une dizaine, puis une vingtaine ont servi, à leur manière, la Révolution.
Abusant de l’atmosphère d’alors, ils imposèrent vite leur loi et leurs méthodes. Ne parlant pas, pour l’instant, de leurs trafics. Disons seulement que la présence d’un certain nombre de mercenaires en rupture de Congo, ou de prison, ne peut servir que le Pouvoir. En effet, il n’est pas évident que, moyennant finances (un mercenaire, n’est-ce-pas…), les polices du Régime ne s’en servent déjà. (…)
Certes, en été, les fenêtres ouvertes avec la lumière attirent irrésistiblement les insectes en même temps que l’air frais. Mais, le jour venu, les insectes meurent au pied des lampes. Il suffit de balayer. La nuit de la Sorbonne a trop duré. La provocation policière devenait trop claire. Pour l’avoir compris, les étudiants permettent enfin à tous les militants de respirer. De respirer un air moins vicié.
J.A.P.


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 4 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

En exclusivité numérique sur Amazon

Combat Nº 7437 Jeudi 13 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_13_juinLA RUE HORS-LA-LOI

Le gouvernement dissout les groupes révolutionnaires et interdit les manifestations

LA MANIFESTATION GAULLISTE DU 18 JUIN MAINTENUE

« Se sentant sans doute fort de l’irritation que provoque dans une grande partie de l’opinion la violence des dernières manifestations, le gouvernement vient de prendre deux décisions qui pourraient bien en annoncer d’autres et qui traduisent en tous cas un net durcissement de sa position à l’égard de sa position à l’égard des étudiants rebelles. En dissolvant les groupes révolutionnaires, il ne donne pas seulement un gage au public, mais également à un assez grand nombre d’étudiants que l’action violente indispose, dans la mesure où elle compromet les travaux d’élaboration de la réforme universitaire. Mais la seconde mesure neutralise les effets de la première : la majorité des étudiants ressentira comme un défi l’interdiction de toutes les manifestations de rue. » (…) « Mais il est vrai que le régime entend tirer les fruits de la psychose d’inquiétude qui s’est emparée du pays. (…) Nous avons été les premiers à demander ces élections mais pas n’importe lesquelles. Ce n’est pas à chaud qu’on rapporte une réponse électorale à un problème politique. »
COMBAT 

Les étudiants ont annulé hier leur manifestation

Les groupements visés par la décision gouvernementale sont le Mouvement du 22 Mars et les mouvements trotskystes et pro-chinois

  • Les émeutes de l’autre nuit à Paris ont fait 194 blessés parmi les manifestants et 75 dans le service d’ordre.
  • En province et surtout à Toulouse elles ont été souvent très violentes.
  • Un second mort des suitées des incidents de mardi à Sochaux où l’usine a été réoccupée par les grévistes.

Couve répète : il n’y aura pas de dévaluation

Il mise sur le dynamisme de l’économie pour absorber le prix des mesures sociales

  • Pour modérer les augmentations inévitables des prix, le gouvernement se contentera du système des contrats de programme.
  • Les allocations familiales et l’aide aux personnes âgées majorées à compter du 1er Juillet.
  • Le décret ramenant le ticket modérateur à 25 % sera publié prochainement.
  • Peugeot et Renault : des bases sont jetées par les syndicats pour la négociation.

Les premières émissions de la campagne à la TV

  • M. Waldeck-Rochet a fait hier patte de velours en lançant un appel à l’union et en affirmant que le PC était le parti de l’ordre et de la sagesse
  • M. Duhamel a plaidé le refus de la division de la France en deux blocs et lancé un appel au centre-gauche.
  • M. Pompidou a invité les Français à réunir une forte majorité pour la défense de la République.

Gaelle Kermen, Kerantorec, le 3 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne