Combat Nº 7440 Lundi 17 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_17_juinL’IMPOSTURE

SOUS PRÉTEXTE D’UNE ENQUÊTE JUDICIAIRE LA POLICE INVESTIT ET FAIT ÉVACUER LA SORBONNE

Extrait de l’éditorial

Fort de ses victoires sociales, fier d’avoir noyauté les milieux étudiants et semé la discorde, le pouvoir se montre de plus en plus boulimique et glouton. Hier, les choses se sont pourtant gâtées : dans son impatience, la police prenant prétexte d’une sombre histoire de blessé accueilli à la Sorbonne, devait évacuer les étudiants « manu militari » et chasser les irréductibles en pénétrant de nouveau dans la cour de la Faculté des Lettres, comme ce fut le cas le 3 mai, avec l’assentiment du recteur Roche. Cette agression, à la différence de ce qui s’est passé à l’Odéon, montre bien que le pouvoir entend réprimer, et que la volonté de s’informer comme M. Ortoli, comme celle de négocier affichée par M. Pompidou est une imposture, un message éhonté. En effet, alors que les occupants de la Sorbonne avaient fait eux-mêmes leur ménage, en éliminant les « Katangais » et en déclenchant l’opération « propreté », il n’y avait aucune raison de s’attaquer aux commissions de travail, qui restaient justement en place pour préparer ce plan de réforme, en y associant les enseignants, et le personnel administratif de la Sorbonne. (…)
Il est évident que cette fois-ci encore, le pouvoir emportera la première manche. Mais, qu’il n’ait pas assimilé la leçon, qu’il cherche à reprendre par la force les facultés occupées, qu’il croit avoir tué la contestation dans l’œuf en reprenant possession de quelques vieilles bâtisses, voilà bien qui dénote l’incorrigible aveuglement de ce régime. La jeunesse ne capitulera pas, même si elle baisse la tête devant les fusils, même si la rue devient calme. La coupure du pays redevient une menace qui précipitera la décomposition du régime, à moins que le général de Gaulle n’y instaure une dictature fasciste.  (…)
COMBAT

HEURTS AU QUARTIER-LATIN ET A SAINT-GERMAIN

Après l’évacuation de la Sorbonne, les étudiants ont manifesté par petits groupes et ont été chargé par la police (en page 16 le reportage de Jacques-Arnaud PENENT)

VOTE CHEZ RENAULT CE MATIN

  • Peugeot : le vote est ajournée
  • Citroën : la CFDT se retire des négociations
  • La vente des quotidiens parisiens perturbée ce matin par la grève des vendeurs

LES GUEUX

par Maurice CLAVEL

Soyons précis. Soyons froids. Cette fois, c’est absolument injustifiable.
Le mois dernier l’affolement d’un recteur, le vertige d’un ministre devant la nouveauté de la contestation pouvait offrir un semblant d’excuse à cet attentat unique : l’entrée de la police en Sorbonne.
Il y a quelques jours encore le désordre du « bateau ivre » que décrivait un peur trop complaisamment un de nos confrères, pouvait offrir une apparence de motif à un « nettoyage ». Il s’agissait de glisser en fraude d’un sens à l’autre du mot « nettoyer ».
L’ennui pour eux, c’est que la Sorbonne, les étudiants l’avaient nettoyée eux-mêmes. Dès lors, il ne leur restait plus que le prétexte d’une très bizarre histoire, que je n’ai pas encore les moyens de résoudre et que je ne saurais trancher, me méfiant de ma formation : on sait en effet combien l’affaire Ben Barka-Figon m’a éduqué sur ce régime.
La cause est entendue. Ils récidivent et savent ce qu’ils font. Il n’y a pas de pardon. Le cri « de Gaulle assassin » n’est pas encore sorti de ma gorge, malgré le gaz et la honte qui s’y pressaient.
Mais aussi vrai que Georges Bernanos m’a investi, quand j’avais 20 ans, pour continuer sa tâche, j’écris, je crie, comme il l’eût fait, que ce sont des gueux.
Ceci au nom de la plus jeune et de la plus vieille France.


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 7 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

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