Combat Nº 7441 Mardi 18 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_18_juinRENAULT FERA TACHE D’HUILE

Chez Citroën et Peugeot les syndicats réclament la reprise des négociations sur la base des accords ratifiés par les ouvriers de la Régie Nationale


Le droit syndical est reconnu chez Renault

Les problèmes d’emploi seront traités par une commission paritaire direction-syndicats

LES DÉLÉGUÉS POURRONT CONSACRER À LEUR ACTIVITÉ 100 HEURES PAR MOIS PAYÉES PAR L’ENTREPRISE

L’AFFICHAGE, LE COLLECTAGE ET LA DIFFUSION DE LA PRESSE SYNDICALE SE FERONT LIBREMENT


Extrait de l’éditorial : la fin

« Le pouvoir peut occuper la Sorbonne. Il est trop tard : le grain qui y avait été semé en Mai commence déjà à lever. »
COMBAT


« L’INFORMATION EST SERVE »

Le rapport de la Commission sénatoriale d’enquête sur l’ORTF dénonce la soumission de l’Office au gouvernement (page 16).


OPÉRATIONS LÉGISLATIVES

Aujourd’hui une interview de Michel Rocard, secrétaire général du PSU


18 JUIN

par Maurice CLAVEL

Cette année c’est net. Hors quelques héros vénérables et indignés, le 18 juin sera fêté par tous ceux qui l’auraient vomi en 40 ; (…) qui ont, qui auraient tremblé de toutes leurs tripes liquides que la patrie se libère…
Voici le 18 juin des âmes vichyssoises et versaillaises. Voici le 18 juin des Daumier qui sortent de leur cadre et grouillent, et se vengent avec cautèle de leur trouille. Voici le 18 juin de nos enfants humiliés.
O comme la coupole de la Sorbonne aujourd’hui est lourde !
(…)


LE RETOUR DES BATONS

par Jacques-Arnaud PENENT

Ils ont encore volé la Sorbonne !
Pour avoir vécu, seul journaliste parisien, mais surtout seul militant journaliste, les péripéties de ce vol, je déclare bien haut que le « Comité d’occupation » n’a fait qu’opposer la force redoutable de la bonne foi aux manœuvres policières. Car, devant les CRS, on avait mis Maigret. Et toute la P.J. Mais depuis l’affaire Ben Barka, nous savons que les secrets d’Etat, que les vérités gênantes brûlent aussi dans la pipe de ces Maigret pour s’évanouir en fumée. Et, les poings serrés, les vu les rats en gabardine ronge tous nos drapeaux. Ah ! les bien-pensants peuvent pavoiser ! La Sorbonne entre en servitude. Ah ! les folliculaires aux ordres peuvent applaudir ! La Sorbonne a retrouvé son calme et les murs leur mémoire du vide. On nettoie la Sorbonne ? Voire. La jeunesse ouvrière, ces dizaines de jeunes chômeurs prêts, hier, à toutes les résistances, cette jeunesse n’a pas sali la Sorbonne. Au contraire, elle y était chez elle. C’est cela la démocratisation de l’enseignement. C’est cela la révolution universitaire. Tout le reste, tous les colloques, toutes les réformes entre initiés n’intéressent que les gens d’un même monde, l’ancien. Furieux d’avoir raté « l’opération des Katangais », furieux de subir une Faculté libérée et ordonnée par ses occupants, le Pouvoir a voulu montrer sa force aux électeurs, tandis qu’il prouvait, en fait, son hypocrisie et sa lâcheté. (…)
Allons ! finissons-en. Nous reprendrons la Sorbonne. Définitivement. Nous la rendrons à sa destination populaire. »


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 7 juin 2018

Jacques-Arnaud PENENT
Maurice Clavel

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

En exclusivité numérique sur Amazon tout l’été 2018

Combat Nº 7440 Lundi 17 Juin 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_17_juinL’IMPOSTURE

SOUS PRÉTEXTE D’UNE ENQUÊTE JUDICIAIRE LA POLICE INVESTIT ET FAIT ÉVACUER LA SORBONNE

Extrait de l’éditorial

Fort de ses victoires sociales, fier d’avoir noyauté les milieux étudiants et semé la discorde, le pouvoir se montre de plus en plus boulimique et glouton. Hier, les choses se sont pourtant gâtées : dans son impatience, la police prenant prétexte d’une sombre histoire de blessé accueilli à la Sorbonne, devait évacuer les étudiants « manu militari » et chasser les irréductibles en pénétrant de nouveau dans la cour de la Faculté des Lettres, comme ce fut le cas le 3 mai, avec l’assentiment du recteur Roche. Cette agression, à la différence de ce qui s’est passé à l’Odéon, montre bien que le pouvoir entend réprimer, et que la volonté de s’informer comme M. Ortoli, comme celle de négocier affichée par M. Pompidou est une imposture, un message éhonté. En effet, alors que les occupants de la Sorbonne avaient fait eux-mêmes leur ménage, en éliminant les « Katangais » et en déclenchant l’opération « propreté », il n’y avait aucune raison de s’attaquer aux commissions de travail, qui restaient justement en place pour préparer ce plan de réforme, en y associant les enseignants, et le personnel administratif de la Sorbonne. (…)
Il est évident que cette fois-ci encore, le pouvoir emportera la première manche. Mais, qu’il n’ait pas assimilé la leçon, qu’il cherche à reprendre par la force les facultés occupées, qu’il croit avoir tué la contestation dans l’œuf en reprenant possession de quelques vieilles bâtisses, voilà bien qui dénote l’incorrigible aveuglement de ce régime. La jeunesse ne capitulera pas, même si elle baisse la tête devant les fusils, même si la rue devient calme. La coupure du pays redevient une menace qui précipitera la décomposition du régime, à moins que le général de Gaulle n’y instaure une dictature fasciste.  (…)
COMBAT

HEURTS AU QUARTIER-LATIN ET A SAINT-GERMAIN

Après l’évacuation de la Sorbonne, les étudiants ont manifesté par petits groupes et ont été chargé par la police (en page 16 le reportage de Jacques-Arnaud PENENT)

VOTE CHEZ RENAULT CE MATIN

  • Peugeot : le vote est ajournée
  • Citroën : la CFDT se retire des négociations
  • La vente des quotidiens parisiens perturbée ce matin par la grève des vendeurs

LES GUEUX

par Maurice CLAVEL

Soyons précis. Soyons froids. Cette fois, c’est absolument injustifiable.
Le mois dernier l’affolement d’un recteur, le vertige d’un ministre devant la nouveauté de la contestation pouvait offrir un semblant d’excuse à cet attentat unique : l’entrée de la police en Sorbonne.
Il y a quelques jours encore le désordre du « bateau ivre » que décrivait un peur trop complaisamment un de nos confrères, pouvait offrir une apparence de motif à un « nettoyage ». Il s’agissait de glisser en fraude d’un sens à l’autre du mot « nettoyer ».
L’ennui pour eux, c’est que la Sorbonne, les étudiants l’avaient nettoyée eux-mêmes. Dès lors, il ne leur restait plus que le prétexte d’une très bizarre histoire, que je n’ai pas encore les moyens de résoudre et que je ne saurais trancher, me méfiant de ma formation : on sait en effet combien l’affaire Ben Barka-Figon m’a éduqué sur ce régime.
La cause est entendue. Ils récidivent et savent ce qu’ils font. Il n’y a pas de pardon. Le cri « de Gaulle assassin » n’est pas encore sorti de ma gorge, malgré le gaz et la honte qui s’y pressaient.
Mais aussi vrai que Georges Bernanos m’a investi, quand j’avais 20 ans, pour continuer sa tâche, j’écris, je crie, comme il l’eût fait, que ce sont des gueux.
Ceci au nom de la plus jeune et de la plus vieille France.


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 7 juin 2018

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

En exclusivité numérique sur Amazon tout l’été 2018

Combat Nº 7423 Mardi 28 Mai 1968

Journal de Paris devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_28_maiLA FRANCE FERMENTE

Relance de la grève : la base, en refusant les conclusions de la Table ronde, exprime sa défiance à l’égard du régime et des syndicats

  • Une nouvelle négociation gouvernement-syndicats paraît probable.
  • Malgré quelques reprises de travail, notamment dans l’EST, le mouvement de grève se durcit.

L’ampleur et la ferveur du meeting tenu hier soir à Charléty en présence de PMF laissent présager la naissance d’un mouvement révolutionnaire

  • Le P.C. avait désavoué la manifestations. La C.F.D.T. et plusieurs fédérations F.O. s’y sont associées.
  • M. Geismar, déchargé de ses responsabilités à la tête du SNE-Sup, compte poursuivre son action révolutionnaire.

Malaise à la FGDS avant la rencontre de ce soir avec le PC

Giscard prépare sa candidature à l’Elysée

  • Le référendum fixé officiellement au 16 juin
  • La campagne s’ouvrira le 4, mais de Gaulle parlera dès le 3
  • Le texte du projet sera publié demain

LES VOYOUS NE SONT PAS DANS LA RUE
par Maurice CLAVEL

« Il faudra répéter, tant que nous le pourrons, que cette révolution est d’abord spirituelle. L’esprit se venge. Il était temps. L’espoir est là. Etudiants, jeunes ouvriers l’ont en charge. Ils ne demandent pas cent mille francs par mois, mais à changer leur vie, selon la formule dont la simplicité illumine et bouleverse. Cela irradie. Cela gagne.
Aucun n’est mort et la vie d’avant est devenue déjà impossible. Je voudrais démontrer ici au bourgeois de bon vouloir que les voyous sont en face, et notamment au pouvoir.
De deux choses l’une en effet : les abandons énormes que le gouvernement en coliques a consentis hier à notre classe ouvrière, ou il pouvait les faire, ou il ne pouvait pas.
S’il pouvait, il a donc, pendant des années, mis en coupe réglée le fruit de son travail au profit du capital, et doit être tenu pour ennemi du peuple.
S’il ne le pouvait pas, il essaye donc d’échapper à sa faillite en mettant en faillite la France même, et doit être tenu pour traître à la patrie.
Tout ce qui pourra se passer, même le pire, est absous d’avance au regard de cette honte. Un jeune homme n’a pas à dialoguer avec ces gens-là. »


REFUSER LE PIEGE
par Jean-François REVEL

« Nous sommes en train d’assister au sauvetage d’un mode archaïque du pouvoir, dans le cadre classique du système politique établi.
La plus grande secousse révolutionnaire vécue par la France en temps de paix depuis 1789 doit-elle se conclure par un renforcement des institutions et des hommes contre lesquels elle s’est produite ? (…)
En cédant, même contraint et forcé, sur le terrain économique, le régime failli ne se met pas en danger dans son principe même, et il le sait. Les conquêtes économiques des travailleurs constituent une victoire : mais cette victoire se transformera très vite en déroute si rien n’est fait pour mettre un terme à l’appropriation du pouvoir, de l’information qui en est la traduction, de la force policière qui en est la protection. (…) »

 


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 20 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7422 Lundi 27 Mai 1968

Journal de Paris Devise : « de la Résistance à la Révolution »

Combat_27_maiLe corps à corps Pompidou-syndicats

Deux longues journées de négociation ont permis d’aboutir à une ébauche d’accord, notamment sur les salaires et les droits syndicaux

  • Le SMIG serait porté à 3 F et les salaires majorés de 7%

  • La CGT a présenté hier soir une nouvelle revendication : l’échelle mobile des salaires.
  • En tout état de cause le travail ne reprendrait pas avant la fin de la semaine

UN SYNDICAT OUVRIER REJOINT LES ÉTUDIANTS

M. Maurice LABE secrétaire général de la Fédération FO de la Chimie recommande la lutte révolutionnaire, et participera ce soir au meeting de Charlety.


Les étudiants ne désarment pas

L’UNEF les appelle aujourd’hui à manifester à partir de 17 heures et à « s’occuper eux-mêmes de leurs affaires »

  • Meeting au stade Charlety à Paris à 17 h 30
  • Le SNE-Sup maintient son soutien à l’UNEF

Le projet de loi référendaire adopté aujourd’hui par le Conseil des ministres


Combat A 0F50
(augmentation du prix du journal de 40 centimes à 50 centimes)
Nos lecteurs se rappellent qu’à la fin de 1967 nous avions préféré retarder la majoration de notre prix de vente à 0F50 dans le souci de rester fidèles à notre conception d’une presse à bon marché.  Depuis lors, nos charges n’ayant cessé d’augmenter, et la crise actuelle nous imposant des frais supplémentaires, nous nous voyons contraints de prendre cette mesure à partir d’aujourd’hui. (…)


Extrait de l’éditorial

Le régime se soumet aux syndicats. Sera-ce trop lui demander, lorsqu’il aura achevé de monnayer sa survie, de refaire l’Université autrement que par des mots et de la refaire avec les étudiants ?


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 27 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne

Combat Nº 7419 Jeudi 23 Mai 1968

Journal de Paris – Devise : « de la Résistance à la Révolution »

TOUT DÉPEND DE LA RUE

après le rejet de la motion de censure et la perspective de négociations syndicats-gouvernements

 

Combat_23_mai.jpg


Extrait de l’éditorial

Tout n’est pas fini. Il reste la rue. Tout dépend de la rue. (…)
Il reste pour le pouvoir une menace, elle vient de ceux qui refusent l’ordre établi, ceux qui ont semé les grains de la révolte : les étudiants et ceux chez qui ce grain a germé : la minorité des jeunes travailleurs décidés à poursuivre la lutte en dépit des satisfactions immédiates qu’ils pourraient obtenir.
Personne ne peut mesurer leur nombre ni la portée de leur résolution. Mais ils peuvent aller loin : la manifestation que préparent étudiants et enseignants en est un témoignage. Ils ne veulent ni perdre ni trahir la révolution qu’ils ont engagée. Les dimensions de leur lutte sont la grande inconnue de la partie qui se joue : pour peu qu’elle dure, qu’elle se durcisse ou qu’elle soit marquée par un épisode dramatique, alors les calculs du général de Gaulle seront déjoués. Et ne serait-il pas normal que, puisqu’elle est née dans la rue, cette grande révolte qui secoue la France trouve son dénouement et sa victoire dans la rue ? (…)
Le problème est dans l’affrontement de deux sociétés. L’une est la société de l’ordre, du privilège et du passé, l’autre est la société du mouvement, de la justice et de l’avenir. »

Philippe Tesson


Les étudiants préparent une « manifestation dure » au Quartier Latin

  • HIER SOIR, DÉSAVOUÉS PAR LA CGT, ILS ONT MARCHÉ À 10 000 SUR L’ASSEMBLÉE NATIONALE
  • LE GOUVERNEMENT A INTERDIT EN FRANCE COHN-BENDIT

Vaste remaniement ministériel attendu

  • M. EDGAR FAURE POURRAIT SUCCÉDER À M. DEBRÉ
  • M. POMPIDOU L’A EMPORTÉ DE 11 VOIX HIER À L’ASSEMBLÉE
  • M; PISANI A VOTÉ LA CENSURE ET S’EST DÉMIS DE SON MANDAT

Après la proposition faite par M. Pompidou de les recevoir, la CGT, la CFDT et FO s’orientent vers une plate-forme commune de fait


ABSOLUMENT POUR LES ENRAGÉS par Maurice CLAVEL

Combat m’a offert d’accueillir dans ses colonnes mon éditorial-télé du « Nouvel Observateur » paralysé. Je le remercie de tout cœur. J’aurais renoncé à cet article, mais l’interdiction de Cohn-Bendit, qui achève de peindre leurs figures, lui rend une certaine actualité.

Ah ! comme vous auriez voulu qu’à jamais ils s’intéressassent au jerk, au shake, au yé-yé, à Johnny, Sylvie, Nana et Farah Dibah, à France-Soir page 2, à Paris-Presse page 31 ! Eh bien, c’est raté. L’esprit s’est levé en tempête au moment où je ne l’espérais plus, et voilà que tout est changé, car tout ce qui était devant nous est déjà devenu physiquement impossible. (…)


Gaelle Kermen, Kerantorec, le 21 mai 2018

Blog auteur : gaellekermen.net

Extrait de Des pavés à la plage, Mai 68 vu par une jeune fille de la Sorbonne